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Grand Cru de karité 2018 : Du miel de karité contre les pesticides

La rencontre avec les productrices de karité en 2015 avait laissé en moi une trace que je ne soupçonnais pas à force d’avoir la tête dans le guidon. Je reportais sans cesse mon retour au Bénin, car je revivais régulièrement l’accident de 2015 durant lequel ma sœur et mon neveu ont failli perdre la vie. En tant qu’entrepreneure, ce type d’événement doit être effacé au plus vite pour ne pas être paralysée par la peur. Mais en tant qu’être humain, la réalité était que j’avais bel et bien peur d’un nouvel accident.

En 2016, je demandais donc à la plus jeune des sœurs Karethic, Karine, de me représenter auprès des productrices de karité pour leur faire part de l’évolution de nos activités en France, recueillir leurs besoins, suivre les avancées du projet d’apiculture durable et préparer la nouvelle saison. Nous ignorions à cette époque qu’une autre difficulté se préparait : l’explosion de la production du coton conventionnel, et par conséquent de l’utilisation de pesticides au Bénin, et notamment du glyphosate, un pesticide cancérogène.

Une catastrophe pour tous les producteurs béninois qui se sont convertis au bio, y compris les producteurs de coton biologique et pour les productrices de karité qui subissaient une contamination croisée car le karité ne se cultive pas au Bénin, donc l’utilisation volontaire de pesticides pour le karité est inutile. Les productrices étaient victimes d’un plan de développement national basé sur la croissance de la production de coton conventionnel qui balayait au passage le fruit de leur labeur.

En cas de contamination croisée, la totalité de la production est déclassée donc perdue. Quelle que soit la perte subie par le producteur. Il n’existe aucune assurance, aucun recours. Cette réalité est cruelle pour les filières certifiées biologiques de commerce équitable, et met en lumière leur fragilité… Mais aussi leur force. Car sans commerce équitable, la solidarité et l’engagement durable de chaque acteur de la filière, un des piliers du Commerce Equitable, les petits producteurs se retrouvent sans revenus en cas de contamination.

Pour Karethic, cette catastrophe fut riche en enseignement. Suite au contrôle annuel d’Ecocert, Glwadys, ma sœur en charge de la production au Bénin, a mené une enquête sur le terrain pour identifier la source de la contamination avec une cartographie précise des zones de collectes et les nouvelles zones de cultures du coton à écarter d’urgence.

De mon côté, je découvrais en France que d’autres acteurs du commerce équitable avaient subi cette catastrophe et étaient contraints de trouver des débouchés dans le circuit conventionnel non bio. Un vrai paradoxe. Pour chaque petit pas permettant de faire progresser une filière certifiée bio et équitable, une contamination croisée par des producteurs pollueurs faisait faire trois pas en arrière. Sans aucune sanction pour les pollueurs. Personne ne réagit, car le commerce équitable reste une goutte d’eau dans le commerce mondial. Mais le développement du commerce équitable et biologique Nord-Nord fera sans doute évoluer cette situation car, quelle que soit sa situation géographique, un petit producteur avec toute sa bonne volonté, reste une victime potentielle des pollueurs aux pesticides.

Je me suis également intéressée de près au glyphosate et ai découvert qu’il était particulièrement résistant… dans l’eau. Me vient alors à l’esprit cette petite question : si le glyphosate est particulièrement résistant dans l’eau et que sa présence dans l’eau des cosmétiques n’est jamais contrôlée (sauf dans le cas d’eau florale de base végétale), est-ce que cela signifie que les utilisateurs et utilisatrices de cosmétiques qui contiennent de l’eau en premier et principal ingrédient se tartinent la peau de glyphosate sans le savoir ? Personne ne nous a apporté de réponse à ce jour. Nous vous conseillons donc en attendant une réponse, de vous limiter aux cosmétiques certifiés naturels et biologiques, dont l’eau n’est pas le premier et principal ingrédient ou ayant de l’eau florale pour premier ingrédient.  Le glyphosate n’est toujours pas interdit en Europe, donc vous le buvez et l’appliquez peut-être sur vos peaux sans le savoir. Conclusion: sauf preuve du contraire, nous sommes tous victimes de contamination croisée. Santé !

 

Revenons à nos moutons, la mission karité au Bénin.

 

Le 28 février 2018, Après 2 mois de contrôles complémentaires et d’analyses, 4 tonnes de beurre de karité sur les 6 tonnes prévues initialement avaient été produites, conditionnées en cartons et devaient être numérotées avec leur code de traçabilité à leur arrivée à Cotonou, la capitale économique du Bénin, avant de prendre le bateau pour la France. Une semaine plus tard, je participais à la rencontre des acteurs de la filière apicole du Bénin au ministère de l’agriculture puis prenais la route la peur au ventre mais heureuse de revoir les productrices de karité, pour un voyage de 7h en direction du Nord du Bénin et de l’unité de production Karethic.

A mon arrivée, les femmes m’offrent un polo spécialement conçu pour célébrer la fin de la production de beurre de karité qu’elles porteront toutes le jour J pour marquer leur unité et leur solidarité. Cette saison fut en effet particulièrement éprouvante et elles souhaitaient fêter l’issue positive et l’effort mené par chacune pour achever la production à temps. Leur rémunération leur permettait de contribuer financièrement à cet événement. Cela semble être un détail, mais c’est un indicateur important pour nous. Après 9 ans de partenariat avec elles, nous avions atteint une forme d’autonomie financière. Nous échangeons sur les solutions pour éviter une nouvelle contamination, et la nécessité de procéder à des récoltes d’amandes en groupe pour s’assurer qu’aucune productrice ne s’écarte des zones de collecte certifiées biologiques est proposée par la présidente des coopératives, et retenue.

Il est vrai que la certification biologique n’est pas une partie de plaisir et a un coût financier, non seulement en frais d’audit, mais aussi en temps passé à protéger les zones biologiques. Des coûts dont les marques conventionnelles et les marques dites 100% naturelles, écologiques, vegan ou même slow cosmetique, (ces nouveaux arguments “ethiques” importants certes mais qui ne reposent malheureusement sur aucune garantie et contrôle indépendant permettant d’identifier des cas de pollution aux pesticides) sont dispensées. Même si le risque zéro de pesticides est une illusion en Afrique mais aussi en France ou partout ailleurs dans le monde, cet incident prouve que la certification (ou labellisation) basée sur le contrôle annuel par un organisme tiers (Ecocert, Qualité France, Veritas, Cosmebio-Cosmecert, Nature et Progrès) sont indispensables, aussi bien pour votre santé que pour la santé des productrices de karité ou d’autres petits producteurs à travers le monde. Pour une marque véritablement responsable, c’est une question d’engagement vis-à-vis des producteurs et des consommateurs. Nous sommes contrôlés par Ecocert depuis 2009, et en attendant une alternative moins onéreuse qui en mon sens passe par le contrôle annuel (vs tous les 5 ans) par des organismes publics (puisqu’il s’agit de santé publique) et pourquoi pas des citoyens volontaires, chaque contrôle annuel nous permet de nous protéger contre la prolifération des pesticides et nous pousse à trouver des solutions.

En effet cet incident nous a permis de réaliser que le projet de développement de l’apiculture durable à travers le miel de fleur karité est aussi une opportunité de résister contre le développement de culture nécessitant des pesticides. Le vrai miel est un produit apprécié et recherché dont la valeur est bien plus importante que celle du beurre de karité ou du coton. Nous avions pensé au miel de fleur de karité pour accroître le revenu des productrices, limiter leur dépendance vis-à-vis des négociants de beurre et d’amandes de karité avec l’aide des abeilles mises en danger par la récolte « sauvage » et désormais les pesticides et préserver les parcs naturels de karité. Mais en développant des débouchés non seulement pour le miel de fleur de karité mais aussi pour tout miel que chaque béninois qui privilégiera la production de miel bio à une culture conventionnelle proposera, nous résisterons à notre échelle aux pesticides. Car il est impossible de concilier usage des pesticides et production d’un miel sain de bonne qualité.

A court terme, ne pouvant brûler les nouvelles cultures de coton conventionnel au risque de finir en prison, pour limiter les risques de contamination croisées, nous décidons d’installer les ruches financées grâce à la plateforme de financement participatif ulule à Natitingou dans un petit paradis, un parc d’arbres de karité entourés de zones de maraîchages et de cultures vivrières. La vente du miel issue de ces ruches sera l’assurance tout risque des productrices de karité et contribuera à compenser les pertes éventuelles qu’elles subiront peut-être l’an prochain malgré leur vigilance.

Le millésime de beurre de karité 2018 certifié bio est enfin disponible, vous connaissez désormais les coulisses de sa production. Il a un délicieux parfum de cacao (et de résistance) plus prononcé que le millésime 2017. Nous espérons que vous l’apprécierez à sa juste valeur. Quant au miel de fleur de karité alimentaire, sa première commercialisation est prévue en juin.

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